Chronique de lectures arborées.
Intro
Le neuvième art comme arme de déconstruction
Parmi mes genres préférés, il y a la Bd. Si comme moi il y a 15 ans vous pensiez BD = Astérix = enfants, détrompez-vous. Ce genre est extraordinaire : tant d’univers, tant de thèmes, tant de styles et tant d’autrices (il y en a de plus en plus : ouf !).
Pour ma part, parmi mes kiffs (permettez !), il y a la Bd sociale ou documentaire, que je découvrais (ah bon ^^ ?) avec Etienne Davodeau — auquel il est sûr que tôt ou tard je dédierai une chronique (oui, oui : il est de ceux qui ont raconté le monde paysan et agricole). Bref, il fait partie d’une longue liste d’auteurs et d’autrices que j’affectionne tout particulièrement.
Ici, sur ce blog donc, j’ai décidé d’inclure des petits billets, façon chroniques de lecture. L’accent sera porté (bien sûr) sur les thèmes qui me sont chers : la nature, l’agriculture, l’écologie, et puis les femmes et le genre — bref, la société — et enfin des ouvrages d’art ou évoquant l’art.
Cela posé, je ne m’interdis pas quelques excursions "ailleurs". Oui, oui, je suis convaincue que les livres nuisent à l’ignorance. Alors dans notre monde un peu fou-fou (tu saisiras l’idée), disons que je pense important de partager avec vous, avec toi, des lectures — avec cette idée de diffuser ces ouvrages souvent engagés, pleins de bon sens ou de poésie — est une belle façon de contribuer à faire avancer le schmilblick vers une planète plus bleue.
Note : Les livres ici chroniqués ne sont pas forcément des nouveautés de moins de 3 mois (la durée de vie moyenne d’un livre en librairie, hélas !). Ce sont des livres qui me sont tombés sous la main (prêt de copains/copines) ou que j’ai repérés à la bibliothèque.
Dois-je le dire ? L’autrice que je suis lit bien trop pour acheter tout ce qu’elle consomme (non, jamais de surconsommation de livres !!) et, en plus, elle manque d’argent pour ça (oui, faire des livres ne permet guère de faire fortune, mais tout cela pourra être abordé dans un article dédié à la vie des autrices artistes !).
Commençons de suite avec une série d’ouvrages qui ont un dénominateur commun : l’arbre.
Le Génie des arbres
Ou la vie de Francis Hallé
L'arbre qui cache la femme
La Bd Le Génie des arbres est superbe. J’y (re)découvre un homme engagé — Francis Hallé —, figure de mon enfance sans le savoir : j’étais fan du Radeau des cimes et je rêvais de naviguer sur la canopée ! Francis Hallé en était l’inventeur, mais mon cerveau d’enfant avait omis cette information.
En lisant la BD, j’ai découvert l’homme enjoué, le scientifique voyageur et le dessinateur. L’artiste que je suis devenue, qui peint les arbres comme une obsession, découvre ses dessins avec étonnement : le trait est épuré, tranché. C’est d’une simplicité redoutable et tellement scientifique (compétences qui étaient les siennes, lui le botaniste).
Les pages s’égrènent, les anecdotes, les mises en garde sur la nécessité de protéger la planète émaillent les bulles… et puis, on découvre Madame. Je note avec satisfaction sa présence comme je me demande aussi sec (on ne se refait pas !) si la place qu’elle occupe dans cette Bd est proportionnelle à celle occupée dans la “vraie” vie du grand homme ? (Une demi-page sur les quelque 120 planches de la bande dessinée, de mémoire.)
L'omniprésence invisible
Les quelques informations glanées rapidement laissent à penser qu’elle a été omniprésente aux côtés de son époux pendant toute sa carrière. Elle a d’ailleurs co-écrit certains ouvrages, signant de son nom de naissance, Odile Pascal.
Alors, quid de la réalité ? Oui, j’aimerais avoir le temps d’enquêter et de rencontrer cette femme (j’ai d’ailleurs lancé quelques bouées et si jamais, vous, vous connaissez quelqu’un qui…). Ce sera l’occasion de savoir quelle a été sa contribution et de connaître son sentiment. En tout cas, cela donne à réfléchir, une fois encore, sur le rôle des épouses et leur (manque de) visibilité dans la sphère publique. Voulue ou pas ?…
Transmettre aux mômes (et aux nôtres)
Pour ma part, il me semble crucial que les mômes (filles et gars) aient des références féminines pour se construire et se projeter. Si je note avec soulagement la multiplication des séries, livres, films (…) avec des héroïnes féminines, il reste cette envie, en tant que femme d’âge mature (oui, j’assume), de voir mes garçons saisir que leur mère, les mères, sont tellement plus “que” des mères.
Mon travail, c’est aussi et de plus en plus une envie profonde de contribuer à mettre en avant les femmes. Celles qui nous ont précédées (oui, il le faut) et surtout, celles qui vivent. C’est entre autres le sens de mon projet Paysâmes. De façon plus anecdotique, dans mon Jardin naturel en ABCdaire (en gestation), il sera question justement d’une femme devenue remarquable après une vie vécue cachée en raison, précisément, de son sexe. (Devinerez-vous de qui il est question : c’est la première circumnavigatrice, qui a dû voyager travesti car les femmes étaient interdites lors des expéditions scientifiques, histoire d’éviter la tentation qui n’est pas qu’îlienne. Ahaha ironique !)
La référence : L'éditeur : L'Iconoclaste. Le duo d’auteurs Zabus (scénario) & Nicoby (dessin).
La petite demi-page où Madame Hallé est évoquée. A la hauteur de son engagement ou pas aux côtés de son époux ?

