Paysâmes | Le point avec Audrey et Lauriane
Paysâmes, édité en 2021, étant épuisé, je me suis lancée dans la réédition en 2025.
Un livre attendu et toujours d’actu, pourquoi renoncer à le réimprimer (je vous le demande ?).
J’imaginais y inclure une rubrique « Que sont-elles devenues ? »
Une ou deux images, quelques nouvelles.
C’est dans ce cadre là que je rencontrais le couple d’éleveuses.
4 saisons écoulées. 5 ou 6 depuis leurs débuts sur cette ferme.
De quoi raconter
Du lait a coulé sous les ponts
Qui sont-elles ?
Les 2 femmes font dans la vache laitière – en système herbager.
En 2020, je photographiais Lauriane qui officiait, seule pour sa première fois, à la traite. Audrey, elle, s’était attelée à passer le débroussailleur toute la matinée : « faut » entretenir. L’herbe, ça pousse et vite au printemps. (Travail des corps.)
Lauriane s’interrogeait, sur sa place à la ferme. Comment la prendre quand on est « l’apprenant » ? (Récurrence de la problématique de la fameuse place à prendre en tant que femme, sur la ferme, dans le couple.)
Le troupeau comptait 40 vaches. Le couple évoquait une réduction. « A 30 vaches, on aura moins de distance à parcourir, plus de temps pour autre chose. »
4 ans plus tard.
Audrey et Lauriane sont heureuses et sereines quand elles me reçoivent. On fait un peu formel. Point de visite au champ, c’est un entretien posé – fin de journée. Il n’y a pas d’enregistrement de podcast. Tant pis.
« Réduire le troupeau ? J’ai dit ça ? » Lauriane sourit. Les femmes se consultent. Le projet est plutôt de l’agrandir pour passer en mono-traite. Même besoin de temps pour autre chose et autre stratégie donc. Audrey, la technicienne et mécanicienne du couple, explique : « La production du lait diminue presque de 50 % quand on passe en mono-traite ».
2 heures plus tard. Je pars de chez elles avec la satisfaction de voir une affaire qui roule – il en est donc. « Le cul toujours bordé de nouilles » comme elles s’amusaient en évoquant leur installation ?
3-4 jours plus tard. Revirement ?
Lauriane et Audrey me recontactent. Elles ont reçu le courrier tant craint : leur laiterie – le mastodonte Lactalis – arrêtera de les collecter dans 2 ans.
Fin du contrat annoncé. 2 ans pour se retourner. Calculer et « faire des tableaux ». 2 ans pour rebondir, vite – 2 ans, c’est demain. Quelle voie serait tenable ? (Mise aux normes et s’endetter à dizaines/centaines de milliers d’euros ? Transformer ? Arrêter les vêlages groupés ?)
Les deux femmes, qui se disaient « solides » 5 ans après leur arrivée à la ferme, doivent tout repenser.
Que leur souhaiter à part de rester solides ? Que leur souhaiter que de réussir à poursuivre ce métier qu’elles aiment tant ? Pour elles et nous : car du bon lait bio, il en faut pour nos campagnes, je le crois.
Johanne
Lauriane, ici photographiée lors de sa première traite en solo. C’était en soirée.
1 h. 1 h 30. la fatigue commence à se faire sentir.
Note :
J’avais proposé d’enregistrer notre échange en vue d’un éventuel podcast : On sème était dans les tuyaux.
Les deux femmes avaient refusé après une expérience “compliquée” avec une podcasteuse et “des micros partout”.
Bref. Je crois qu’en reportant, elles se sont dit qu’on aurait pu. L’échange a été, encore une fois, hyper-instructif et aurait mérité, je le crois, d’être partagé. Nous verrons bien, un jour ou l’autre, qui sait ?

