Votre travail est super. Mais.
Pour celleux qui ne me connaissent pas, je me permets de publier ce texte ici : une espèce de manifeste et de remise à l’heure des pendules.
(Ce texte est publié sur une page du site Heyjoh, mais étant donné que je la mets souvent à jour, certains écrits disparaissent — alors même qu’ils témoignent de la constance de mes engagements).
Bref. Ayant le sentiment d’être quelqu’un de très constant dans mes engagements, je dois dire que j’ai été extrêmement lassée, fatiguée, énervée puis en colère de m’entendre dire "Tu fais trop de choses !” “Tu te disperses !” “Un livre puis le podcast ! (pensez donc !)”, “Des images et de la poésie”, etc.
Alors, ici, je ne vais pas faire le tour de la question mais je vais commencer à déblayer le terrain.
Et pour bien me comprendre - de celleux qui ne me connaissent donc pas encore -, j’ai écrit Paysâmes pour précisément raconter la “vraie” vie de la paysanne-boulangère que j’ai été - par choix, conscience de la planète (…).
A l’époque (vers 2005), un discours partout : “On veut des paysans ! Il faut des paysannes !”
Or, ce que j’ai vécu pendant mes 10 ans de carrière, c’est la difficulté récurrente d’accéder aux terres et la précarité qui va avec. (Question : mais veut-on vraiment des paysannes et/ou agricultrices ? Je mets au féminin sciemment.)
Aujourd’hui, je suis autrice et artiste pro depuis 2016.
Et depuis 10 ans, je constate. Evidemment, il y a de profondes satisfactions vécues. Editer son livre est une vraie gageure : je l’ai fait et mieux, je l’ai diffusé et bien vendu - armée de mes seuls 2 bras.
Mai je ronge mon frein tant de projets patientent ! Oui, je me ronge souvent.
Pourquoi ne pas publier plus ? Pourquoi ?
Parce que je ne suis pas rentière.
Parce que si j’avais du réseau (…).
Parce que.
La comm’ de Je te dis M.
Des mois de réflexion et écriture, un projet et un campagne de financement participatif (suspendue cause santé et vouée à l’échec sans doute vu mes objectifs).
2 ans plus tard, j’y œuvre encore et toujours.
Faut bosser solo. (Accéder à une résidence d’artiste en tant qu’artisane officiellement ? Impossible. De l’incongruité des statuts pour les artistes multiformes.)
Texte publié sur mon site en octobre 2026 en page projets en coursAprès avoir scrollé jusqu’ici, vous vous dites peut-être : « Mais que de projets ! »
Pour la faire courte — car j’ai parfois subi des remarques un peu acidulées du genre « elle ne sait pas ce qu’elle veut » — voici où j'en suis :
Maison d’édition : Je relance les recherches pour plusieurs projets. À la fois par envie de diffuser plus largement mon message et par réalisme : on ne peut pas tout porter solo, ou alors au prix de l’épuisement.
Autoédition & Terrain : Comme les réponses des éditeurs sont aléatoires et que la vie, c’est maintenant, je continue d’avancer et de cumuler du matériau (la preuve ci-dessus).
Ayant pour slogan « Attrape tes rêves », j’y vais. Mais pour ne plus finir épuisée et le compte au rouge, je revois ma copie.
Désormais : je cherche des partenaires et des lecteur·ices avant d’imprimer.
Oui, l’envie de faire bouger le monde est intacte. Mon travail de fond — sur le monde agricole, le féminisme, le genre et l’écologie — relève de l'intérêt général. (Quelle audace, direz-vous. Mais je le pense profondément, et nous pourrons en discuter).
Faute de pouvoir émarger aux appels à projets « Égalité » ou autres subventions (je ne rentre pas dans les cases, et l'équipe administrative se résume à une seule personne : moi), j’ai conclu que le seul levier pour continuer à faire des livres qui nuisent à l’ignorance, c'est d'aller lever des fonds là où ils sont. Notamment auprès des entreprises et de collectifs engagés, à leur échelle : acheter un lot de livres, organiser une causerie. Pas la Lune, donc.
Je prends aussi une décision : la transparence. Je vais rendre publics les retours que je collecte. Tous ces râteaux, les « C’est super mais on n’a plus de sous », les « Magnifique projet mais vous n’entrez pas dans la bonne case ». Parce que Bibi en a vraiment marre de tout comprendre en silence.
Dernier mot sur ce soi-disant « papillonnage » : ce n’est ni de l’inconstance, ni de la dispersion. C’est tout l’inverse : une opiniâtreté un peu bécasse, toujours au service de mes sujets. Qui parlera des femmes, des paysannes, des invisibilisées si nous ne le faisons pas ? (Sans les suffragettes, voterions-nous ?)
Voilà. Ça va mieux en le disant.
Bretonne et bécasse : on a des convictions, ou on n’en a pas !
Johanne
Exposer dans un lieu culturel (ici, Clohars-Carnoët). Une profonde satisfaction que de raconter ces femmes “invisibilisées” (c’est ce qui se dit) et leurs engagements. Et d’interroger, en creux, tou sles citoyens mangeurs bouffeurs payeurs d’impôts (…) que nous sommes.
Mais combien d’heures passer à expliquer, combien de centaines de mails envoyer pour glaner un créneau et un engagement ferme, rémunéré correctement ? (Vous seriez halluciné·e, je pense.)
(Ici, expo en 2026 alors que le livre est sorti en 2021. Merci à Florence qui a su être tenace et me réserver une partie de son enveloppe culturelle).

