La grenouille et le scorpion
La fable du scorpion et de la grenouille fait partie de ces textes que j’aime partager.
Comme souvent, j’ai mis du temps à la comprendre : je fais partie de ces gamins pour qui les métaphores restent longtemps mystérieuses.
Un scorpion arrive au bord d’une rivière.
Lui, la bête redoutée — sa queue menaçante, son venin mortel —, ne sait pas nager.
Il s’approche d’une grenouille verte – une rainette – pour négocier son transport de l’autre côté du Brandifout.
La rainette hésite.
— Si je te prends sur mon dos, tu vas me piquer.
Le scorpion se montre rassurant :
— Mais voyons ! Ce serait absurde ! Si je te pique, tu coules, et je me noie avec toi.
Rassérénée, la rainette accepte.
Le scorpion grimpe sur son dos et la petite verte s'élance dans l'eau.
Arrivée au milieu de la rivière, la p’tite grenouille sent une piqûre. (Le scorpion vient de planter son dard dans son dos.)
— Mais pourquoi as-tu fait ça ? — Je n'y peux rien. C'est dans ma nature.
(Les deux meurent donc. Et c’est précisément ce que je n’avais pas saisi môme : je croyais qu’il la piquetait juste pour lui faire peur, comme on chatouille quelqu’un, fidèle à la parole donnée — sacrée chez les Bretonnes.)
Note : le Brandifout est une rivière magnifique du Centre Morbihan. J’y ai pris, je crois, parmi mes plus belles photos de rivière - avec ces magnifiques effets de filé. Image qui est dans ce livre Paysâges Int&rieurs, hommage à la Bretagne des Terres et des bois - si peu connues (ah ! les phares cachent le reste de la forêt bretonne !)

