Des visages des figures
Une photo pas parfaite, mais une photo que j’aime. Parce que le sujet m’est précieux — mon fils. Parce qu’il y a ce love. Parce que les blancs se répondent. Parce qu’il y a ce sac plastique – société de conso, qui m’interroge – et ce noir. Parce qu’il y a ce rouge rosé vieilli en arrière-plan, tendre et qui a vécu.
Un sujet trop central, certes. Mais à la photo parfaite, je préférerai toujours la photo qui raconte. (photo sur le vif, pas de pose, tant que possible.)J’aime croquer l’humain.e
Ma sœur a été mon premier modèle, avec mon frère que je grimais. À pas douze ans, je les mettais en scène dans ma chambre, des lampes de la maison réquisitionnées pour éclairer – déboucher les ombres, je ne connaissais pas encore le mot.
Et puis, j’ai repris intensément la photo avec l’arrivée de ma môme. Photographier l’enfant nouveau-né ! Quel miracle. Façon Anne Geddes, dont j’adorais les mômes emmaillotés.
Et puis, « on » m’a connue pour mes macros. Mon « dada », en lien avec mes engagements écolos.
Et puis l’humain – qui avait déserté mes images parce que la photo de nature exige une nature vierge de sa présence – est revenu. Oui, Monsieur ! L’humain.e est revenu en force dans ma photo. Parce que sans eux, sans elles, que serait cette nature ? Parce que…
Alors, devant la profusion d’images belles et jolies, instagrammées par millions, je me suis demandé où était ma plus-value. Mes compétences en écologie ? En agriculture ?…
C’est ainsi que j’ai décidé ce travail de fond – à la fois pédagogique et engagé, photographique et de fond – sur les femmes de la Terre. Un travail photo rendu possible grâce à vingt années de pratique en off, avec l’Autre pour sujet principal.
Voici quelques images retrouvées sur le PC. Celles de la photo, celles peintes, aussi. Car je ne sais que choisir.
Ici : un visage cadré très bas, d’abord par contrainte technique. Mais une photo cadrée comme « ça », pour interroger. Un visage métissé devant une fresque XXL aux visages blancs.On est en Guadeloupe — cette France d’ailleurs que j’ai trouvée tellement différente, belle mais aussi pauvre —, où 90 % de la population est noire, ce que j’ignorais superbement en métro(politaine).
Même si certaines pubs affichent fièrement leur créolité, quid de la réalité ? Le sentiment de colonialisme y est encore vif.
Mais ça, ce sera développé dans Paysâmes II, dans le portrait d'Yvelle et de Yolande.Raconter l’époque
Les gens qui la fréquentent.
Je photographie presque comme je respire.
Les miens s’y sont faits. Et pour ne pas trop retarder les balades, les sorties, je n’ai pas eu trop le choix que d’apprendre à photographier dans l’urgence.
Au contraire d’un Henri Cartier-Bresson — exposé en 2024 à Landerneau, dont je découvrais la méthode de travail —, au contraire de pas mal de photographes naturalistes qui posent un affût et attendent, j’aime rencontrer la photo et le sujet.
Alors, cadrage parfois aléatoire (mais ça a du bon !), des images ratées — pas le temps d’ajuster la mise au point de mon « gros » reflex, boîtier que j’use et use, parce que je le connais bien et parce que je consacre mon peu de thunes à faire du livre plutôt que de m’équiper. Mais le plaisir, toujours, de me laisser surprendre. Et de dessiner d’autres possibles travaux.
Ici : une de mes premières images converties en noir et blanc (car oui, il faut shooter en couleur — cf. mes ateliers si tu veux apprendre).
Un matin d’après tempête, quand il a fallu débâcher le tunnel, enlever la terre qui leste ce fichu plastique — de consommation, certes, mais indispensable pour faire pousser tes légumes à ratatouille sous le climat breton.
Chantier collectif. La vie, quoi. Digne, belle et moche. Tout ça à la fois.Dire le vrai par une photo terrienne assumée
J’ai jamais aimé la photo qui ment.
Tu sais, celle de la comm’ bien faite. Celle où j’ai l’air d’une poupée dix ans plus jeune, filtrée.
Mais je n’aime pas plus la photo qui dégrade l’image — et l’estime — de celle ou celui qui est photographié.e. (Je suis tellement peu photogénique que je sais le drame que c’est de se retrouver « moche », une fois de plus, sur une photo. J’en ai fait un texte, égaré quelque part sur un PC après une photo ratée par un journaliste, et diffusé in the world).
Je déteste la photo « belle » qui ment.
Mais j’aspire à faire de belles images.
Je déteste le côté fleur bleue de tous ces reportages photos agricolos qui mentent. Je déteste cette comm’ qui montre un cochon à fouir dans la paille alors que 95 % des cochons poussent sur caillebotis.
Je veux des images terriennes, solides. N’y a-t-il pas une dignité folle à se lever tous les matins pour nourrir les autres ? Faut-il mentir ?
Alors, la figure humaine, j’aime et j’aime la remettre dans la vraie vie.
Ici : une de mes premières images converties en noir et blanc (car oui, il faut shooter en couleur — cf. mes ateliers si tu veux apprendre).
Un matin d’après tempête, quand il a fallu débâcher le tunnel, enlever la terre qui leste ce fichu plastique — de consommation, certes, mais indispensable pour faire pousser tes légumes à ratatouille sous le climat breton.
Chantier collectif. La vie, quoi. Digne, belle et moche. Tout ça à la fois.Et puis, croquer ces visages
J’ai jamais aimé la photo qui ment.
Tu sais, celle de la comm’ bien faite. Celle où j’ai l’air d’une poupée dix ans plus jeune, filtrée.
Mais je n’aime pas plus la photo qui dégrade l’image — et l’estime — de celle ou celui qui est photographié.e. (Je suis tellement peu photogénique que je sais le drame que c’est de se retrouver « moche », une fois de plus, sur une photo. J’en ai fait un texte, égaré quelque part sur un PC après une photo ratée par un journaliste, et diffusé in the world).
Je déteste la photo « belle » qui ment.
Mais j’aspire à faire de belles images.
Je déteste le côté fleur bleue de tous ces reportages photos agricolos qui mentent. Je déteste cette comm’ qui montre un cochon à fouir dans la paille alors que 95 % des cochons poussent sur caillebotis.
Je veux des images terriennes, solides. N’y a-t-il pas une dignité folle à se lever tous les matins pour nourrir les autres ? Faut-il mentir ?
Alors, la figure humaine, j’aime et j’aime la remettre dans la vraie vie.

