j’accuse

Dévoreuse de papier, c’est pourtant du côté de la scène actuelle et de ses artistes que j’ai trouvé l’envie d’écrire vif, sans fard, sans trop de fioritures. Saez a influencé mon travail d’écriture et mon regard sur le monde. Sans nul doute.

Mais à regarder le passé de mon âge (pas sage), je me dis que quelques graines avaient été semées de très longue date par un artiste dont on moque — du côté des « gauchistes bien-pensants » — le côté réac. À mon avis (et j’assume), c’est une fois de plus un raccourci qui gomme la puissance et la force de textes racontant l'amour ou dénonçant les pollutions de la société de consommation.

Si Saez continue d’œuvrer (en se qualifiant d’ailleurs de « Réac » dans l'un de ses derniers albums), autant dire que la scène actuelle fourmille de sublimes artistes que, hélas, je ne découvre souvent qu’au compte-gouttes. Suzane fait partie de ces jeunes femmes engagées au regard acéré sur un monde plein d’injonctions. “Virile”, la femme.

sardou
Le reac’ qui dit la surconsommation

J’assume pleinement mon goût pour quelques albums du Sardou des années 80. L’homme était réac, paraît-il. J’étais loin de ces considérations politiques alors ou de saisir. La puissance de ses orchestrations me plaisaient (Ses Lacs du Connemara chantent encore en fin de soirée).

On peut débattre de l'homme, mais on ne peut pas nier la puissance de ses mots*.
Le J'accuse de Sardou, c'est une photo de ces 80’ qui brûlaient (déjà) ses ressources par les deux bouts.
Il chantait déjà le pétrole sur l'aile des goélands et l'absurdité d'une société qui consomme jusqu'à l'épuisement.
Pour moi, l'ado qui vibrait sur ces morceaux, c'était (déjà) une leçon de lucidité.
Le monde n'est pas propre, et l'homme est souvent plein d’un comportement très “étrange”.

J'accuse les hommes de violer les étoiles
Pour faire bander le Cap Canaveral,
[…] de pétroler l’aile des goélands.

Texte écrit par Delanoë et Sardou. Musique : Jacques Revaux.
 

j’accuse de Damien Saez
L'écorché vif

Saez. On est de la même année. Je ne le savais pas avant il y a quelques années, alors que j’ai commencé à vraiment le connaître, à m‘intéresser à cet artiste - à mon sens, un immense poète et un magnifique chanteur. (Allez-donc écouter son “Rois demain” ou “"Tango”. des perles de délicatesse parmi tout un sautoir).

Je le reconnais : il est l’un des rares artistes qui suscite autant d’admiration de ma part, même si je reste très circonspecte sur certains de ses textes - trop “faciles”, trop démagos.
Mais lorsqu'il se transforme en tribun, avec le culot qui le caractérise, sa virulence et son sens des mots ont de quoi faire pâlir n’importe quel auteur (écoutez-dons son Marianne, qui dit la culture-objet-promo-pour couches culottes).

Pour en revenir à son J’accuse, sorti en 2010, je ne peux écrire cet article sans souligner le scandale qu’a fait la pochette du disque. Interdite de métro. Atteinte aux bonnes mœurs ou à la bien-pensance.
J’applaudissais des 2 mains ! D’ailleurs, je suggérais alors à un dessinateur de m’en faire une version BD pour la revue dans laquelle j’écrivais alors. (Projet tombé à l’eau : personne ne comprenait mon idée d’article - ou était-ce trop rentre-dedans ?)

Paraît qu'il faut virer des profs
Et puis les travailleurs sociaux […]
Faut que ça rapporte aux actionnaires
[…] va te faire soigner en angleterre.

 Texte & musique : Saez. Auteur-compositeur-interprète intégral. Producteur de ses propres disques. 
Anecdote : l'album a été enregistré dans les conditions du direct, pour garder ce son brut, "écorché", sans lissage. De la gueule et un coup de patte de génie. Si.
 

Suzane (2023)

je t’accuse
Le cri d'aujourd'hui

J’ai découvert Suzanne alors que j’écrivais Paysômes.
Elle chantait cet homme jamais content de son sort. (Célibataire, il enviait le couple de son ami. Marié, il néglige sa femme. Sa femme se barre, il pleure.) Des mots forts et une rythmique qui appuient le propos.
En 2023, l’artiste publie son Je t’accuse - avec ce “T” qui désigne rien moins que le système judiciaire lui-même.
La femme - victime de viol - aborde dans son texte puissant (que j’aime à écouter très fort pour m’imprégner de cette hargne “rangée”), l’indifférence du système. “Un nom de plus dans la liste.”
Des textes comme ça, il en faut. Une contribution d’artiste qui “assume”. Pour que bougent les lignes.
On l’espère pour que les victimes ne soient plus deux fois victimes, du crime puis de l’injustice, du mépris.

D'abord y a eu Gisèle
Et puis y a moi aussi
Et puis toutes celles
Qui n'ont jamais rien dit
Mais t'en as rien à faire, toi
[…] je t'accuse De fermer les yeux alors que t'as tout vu


paroles : Suzane. Musique : Suzane et Tepr

zola, le J’accuse du 19

Avant de clore cet article, il m’était impossible de ne pas citer Zola (Emile de son prénom. Pas le Zola rappeur aux textes misgynes à l’excès (oui, j’écoute beaucoup les rappeurs : 3 jeunes adultes à la maison, c’est obligé).
Zola publiait son « J’accuse… ! » en 1898, pour défendre un homme acculé, injustement dénoncé (du ressentiment à l’égard des Juifs ?…). Il fait partie de ces intellectuels engagés dont, il faut le dire, je suis assez admirative. Il faut un courage certain à prendre position.

 

et moi et moi et moi

Voilà pour cet hommage clin d’oeil au monde des artistes que j’aime. Dont je salue le courage et l’audace.
J’aime à croire que chacun peut, à son niveau, participer à ce monde-là, respectueux de l’Autre et de la Planète.
Je m’y attelle, à ma façon.

JOhanne Gicquel

Autrice Photographe Terienne

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